Une manne fiscale gigantesque
À chaque passage à la pompe, les automobilistes ne paient pas uniquement le pétrole, le raffinage, le transport ou la distribution. Ils paient aussi des taxes. Beaucoup de taxes. En 2025, les recettes fiscales liées aux carburants ont atteint environ 37,2 milliards d'euros, dont 24,8 milliards d'accise sur les carburants (ancienne TICPE) et 12,4 milliards de TVA. Pour donner un ordre d'idée, il s'agit de l'une des recettes fiscales les plus importantes du pays. Autrement dit, chaque plein effectué en station-service contribue à alimenter une véritable rente fiscale.
On nous explique que c'est pour la planète
Depuis des années, la justification officielle est connue. Les carburants fossiles émettent du CO₂. Ils contribuent au réchauffement climatique. Ils doivent donc être davantage taxés. L'argument paraît cohérent. Si un produit pollue, il semble logique qu'il supporte une fiscalité plus importante qu'une énergie présentée comme plus propre. Mais alors une question simple se pose : Si demain la majorité des automobilistes roule à l'électricité, pourquoi faudrait-il continuer à prélever autant d'argent sur la mobilité ? Après tout, si le problème est la pollution, la solution affichée existe déjà.
Lorsque l'essence disparaît, les recettes disparaissent aussi
Supposons que les objectifs européens soient atteints. Des millions de véhicules thermiques disparaissent progressivement des routes. La consommation de gazole et d'essence recule année après année. Les recettes fiscales suivent alors la même trajectoire. Les milliards encaissés aujourd'hui à chaque passage à la pompe diminuent progressivement jusqu'à s'effacer. Pas quelques millions. Pas quelques centaines de millions. Plus de 37 milliards d'euros par an. Or les routes continueront d'exister. Les infrastructures devront toujours être entretenues. Les dépenses publiques ne disparaîtront pas. Une question devient donc inévitable : Qui remplacera ces 37 milliards d'euros ?
Un trou de 37 milliards qui ne semble inquiéter personne
Lorsque l'on parle d'électrification du parc automobile, les débats portent généralement sur : les batteries ; l'autonomie ; les bornes de recharge ; les émissions de CO₂. En revanche, la question des recettes fiscales est rarement abordée. Pourtant, un manque à gagner de plus de 37 milliards d'euros n'a rien d'anodin. Croire qu'une telle somme va simplement disparaître des finances publiques sans conséquence relève davantage de l'espoir que de l'analyse économique. Soyons lucides. Aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, n'abandonne volontairement une recette annuelle de plusieurs dizaines de milliards d'euros sans réfléchir à un mécanisme de remplacement. L'histoire fiscale montre même exactement l'inverse : lorsqu'une source de revenus disparaît, une autre finit généralement par apparaître.
Des carburants moins chers : est-ce vraiment dans l'intérêt de l'État ?
Officiellement, la transition vers le véhicule électrique poursuit un objectif environnemental. Réduire les émissions de CO₂, améliorer la qualité de l'air et diminuer la dépendance au pétrole constituent les arguments régulièrement avancés par les pouvoirs publics. Pourtant, un élément mérite d'être souligné. Lorsque le prix des carburants augmente fortement, le véhicule électrique devient mécaniquement plus attractif. À l'inverse, un litre d'essence durablement bon marché ralentirait probablement l'incitation économique au changement. Plus le litre d'essence grimpe, plus le véhicule électrique devient attractif sur le papier. Chaque hausse à la pompe renforce mécaniquement le discours selon lequel l'électrique serait devenu la seule option raisonnable pour les ménages. Dès lors, une question se pose : L'État a-t-il réellement intérêt à voir les prix des carburants baisser fortement et durablement ? En tant que promoteur de l'électrification du parc automobile, cela reviendrait à rendre plus compétitif le principal concurrent du véhicule électrique. Le paradoxe est alors saisissant. D'un côté, les automobilistes sont encouragés à abandonner progressivement l'essence et le gazole. De l'autre, ces mêmes carburants génèrent chaque année près de 37,2 milliards d'euros de recettes fiscales. Autrement dit, l'État se retrouve dans une situation singulière : il encourage la disparition progressive d'une activité qui constitue aujourd'hui l'une de ses principales sources de revenus liées aux transports. Les automobilistes sont donc en droit d'exiger des réponses. Si l'objectif est réellement de réduire la consommation de carburants au profit de l'électrique, comment concilier cette stratégie avec la disparition annoncée de dizaines de milliards d'euros de recettes fiscales ? Et surtout, qui financera demain ce que financent aujourd'hui les passages à la pompe ?
Les automobilistes ont le droit de poser la question
À mesure que les ventes de véhicules électriques progressent, l'interrogation devient de plus en plus légitime. Les Français investissent parfois plusieurs dizaines de milliers d'euros dans un véhicule électrique. Ils acceptent de modifier leurs habitudes. Ils participent à l'effort demandé. Mais ils sont également en droit de connaître la suite du raisonnement. Si les taxes sur les carburants sont principalement justifiées par leurs émissions polluantes, quelle sera la justification des prélèvements qui pourraient demain remplacer ces recettes ? La question mérite d'être posée avant, et non après.
L'analyse de l'Observatoire
Depuis vingt ans, le débat public porte essentiellement sur la pollution, le climat et les émissions de CO₂. Pourtant, derrière ces enjeux environnementaux se cache une réalité budgétaire considérable. Les automobilistes français financent aujourd'hui plus de 37 milliards d'euros de recettes publiques chaque année lorsqu'ils passent à la pompe. Pendant des décennies, les automobilistes ont été invités à payer toujours plus au nom de la pollution. Aujourd'hui, on leur explique que la solution consiste à abandonner progressivement les carburants qui rapportent plus de 37 milliards d'euros par an aux finances publiques. Très bien. Mais alors une question demeure : Si le problème est réellement la pollution, pourquoi faudrait-il demain remplacer ces recettes lorsque cette pollution diminuera ? Tant qu'une réponse claire ne sera pas apportée, le doute restera permis. Car dans cette histoire, les émissions de CO₂ ne sont peut-être pas les seules à peser lourd. Les milliards d'euros qui disparaîtront avec chaque litre non consommé pourraient eux aussi peser dans le débat... peut-être davantage qu'on ne veut bien l'admettre.